Une histoire portée par le Rosaire
Des premières missions au réveil spirituel de Cap-de-la-Madeleine
L’histoire de Notre-Dame-du-Cap commence bien avant les grands pèlerinages. Des missionnaires jésuites arrivent dans la région dès 1635. En 1659, Pierre Boucher fait construire une première chapelle sur un terrain appelé fief Sainte-Marie. Le père Paul Vachon, premier curé résident, établit en 1694 la confrérie du Rosaire : la prière mariale s’enracine ainsi très tôt dans la jeune communauté.
Une église de pierre est commencée en 1714 et ouverte au culte en 1720. Aujourd’hui appelée le Petit Sanctuaire, elle est l’une des plus anciennes églises du Canada où la messe est encore célébrée. Après la mort du père Vachon en 1729, la paroisse reste longtemps sans curé résident et connaît un affaiblissement de la pratique religieuse.
L’abbé Luc Désilets et le retour au chapelet
Nommé curé de Cap-de-la-Madeleine en 1864, l’abbé Luc Désilets est profondément frappé par le recul de la prière. Le récit transmis par le Sanctuaire rapporte qu’en 1867 il découvre, dans l’église, un petit porc mâchonnant un chapelet. Cette scène douloureuse devient pour lui un appel. Il se consacre à Marie, ranime la confrérie du Rosaire et encourage les familles à reprendre fidèlement le chapelet.
Peu à peu, les paroissiens reviennent plus nombreux à l’église. La petite construction de pierre devient insuffisante. Il faut bâtir un lieu plus vaste, mais le sol sablonneux ne fournit pas les matériaux nécessaires. Les pierres sont donc préparées sur l’autre rive du Saint-Laurent, à Sainte-Angèle, avec l’espoir de les transporter sur le fleuve gelé.
À Notre-Dame-du-Cap, le renouveau ne commence pas par un programme spectaculaire. Il commence par un prêtre et des familles qui reprennent humblement le chapelet.
L’hiver 1878-1879
Le pont des chapelets
L’hiver prévu pour transporter les pierres est exceptionnellement doux. Le Saint-Laurent ne gèle pas suffisamment et le projet semble compromis. Les paroissiens récitent alors le chapelet chaque dimanche pour demander qu’un passage puisse se former. L’abbé Désilets promet à la Vierge de conserver la vieille église et de la lui consacrer si les matériaux peuvent traverser le fleuve.
Le soir du 16 mars 1879, des plaques de glace commencent à s’accumuler entre les deux rives. Le vicaire Louis-Eugène Duguay et des paroissiens consolident ce passage étroit avec de l’eau et de la neige. Du 19 au 25 mars, entre la fête de saint Joseph et l’Annonciation, des centaines de chargements de pierre franchissent le fleuve sur des traîneaux tirés par des chevaux.
Les habitants donnent à ce passage le nom de « pont des chapelets », convaincus d’avoir reçu une réponse à leur prière. La nouvelle église Sainte-Marie-Madeleine est commencée l’été suivant et bénite en octobre 1880. La petite église de 1720, initialement destinée à être démolie, est épargnée conformément au vœu du curé.
Les grandes étapes du Sanctuaire
- Construction d’une première chapelle sur le fief Sainte-Marie.
- Le père Paul Vachon établit la confrérie du Rosaire dans la paroisse.
- Ouverture au culte de l’église de pierre, aujourd’hui appelée le Petit Sanctuaire.
- Un paroissien offre la statue de la Vierge toujours vénérée au-dessus du maître-autel.
- Formation et utilisation du « pont des chapelets » pour transporter les pierres.
- Consécration du Petit Sanctuaire à Notre-Dame du Très Saint Rosaire et prodige des yeux.
- Les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée deviennent gardiens du Sanctuaire.
- La statue de Notre-Dame-du-Cap est couronnée au nom du pape saint Pie X.
- Début de la construction de la grande basilique, inaugurée en 1964.
- Saint Jean-Paul II vient en pèlerinage à Notre-Dame-du-Cap.
Le 22 juin 1888
Le prodige des yeux de Notre-Dame-du-Cap
Le 22 juin 1888, l’abbé Désilets accomplit sa promesse. L’ancienne église est consacrée à Notre-Dame du Très Saint Rosaire. Le bienheureux père Frédéric Janssoone, franciscain, prêche lors de la cérémonie et annonce que des pèlerins viendront de toutes les régions du Canada. La statue offerte en 1854 est placée au-dessus du maître-autel, où elle demeure encore aujourd’hui.
Le soir même, l’abbé Désilets, le père Frédéric et Pierre Lacroix entrent dans la petite église pour prier. Tous trois déclarent alors voir la statue, dont le regard est habituellement baissé, ouvrir largement les yeux. Selon le témoignage du père Frédéric, le visage se trouve en pleine lumière et le regard paraît vivant, empreint à la fois de gravité et de tristesse. Le phénomène aurait duré de cinq à dix minutes.
Cet événement est appelé le « prodige des yeux ». Il devient, avec le pont de glace, l’un des deux récits fondateurs du Sanctuaire. L’Église ne demande pas au pèlerin de s’arrêter au phénomène. Le regard de Marie invite surtout à regarder le Christ, à reprendre la prière et à laisser l’Évangile convertir la vie.
Le vrai prodige n’est pas seulement un regard qui se lève : c’est un cœur qui, touché par la grâce, recommence à prier et se tourne vers Jésus.
Le père Frédéric, apôtre du pèlerinage
Le père Frédéric devient le premier directeur des pèlerinages et fait largement connaître Notre-Dame-du-Cap. Prédicateur, écrivain et homme de prière, il contribue à enraciner le Sanctuaire dans la Passion du Christ, la dévotion mariale et l’esprit franciscain. Il est béatifié par saint Jean-Paul II le 25 septembre 1988, cent ans après avoir été témoin du prodige.
Un havre de paix au bord du Saint-Laurent
Le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap aujourd’hui
Reconnu comme sanctuaire marial national du Canada, Notre-Dame-du-Cap réunit le Petit Sanctuaire de 1720, la grande basilique inaugurée en 1964, le chemin du Rosaire, le chemin de Croix, les jardins et le lac Sainte-Marie. Le vaste parc longe le fleuve et offre au pèlerin un espace de silence autant qu’un lieu de célébration.
Les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée gardent le Sanctuaire depuis 1902. La messe, le sacrement du pardon, l’adoration, l’onction des malades et le chapelet structurent la vie du lieu. Le 10 septembre 1984, saint Jean-Paul II y prie devant une foule évaluée à 75 000 personnes.
La diffusion vidéo prolonge cette vocation missionnaire. Une personne seule, une famille ou une communauté peuvent rejoindre le chapelet et les célébrations depuis un autre pays. La technologie ne remplace pas le pèlerinage ni la vie sacramentelle, mais elle ouvre un chemin de communion à ceux qui ne peuvent se déplacer.